Mise en scène : Dominique Lurcel
Musique : Ronan Maillard
Direction vocale : Céline Bothorel
Scénographie : Pierre Attrait
Costumes et accessoires : Elisabeth Dallier
(assistée de Gaëlle Faisant)
Lumière : Philippe Lacombe
Régie Générale : Thierry Charlier
Construction du décor : Christian Narcy, Ateliers du Spectacle
Fabrication des accessoires : François Jambu
Infographie : Vanessa Girault
Jeu : Amélie Amphoux, Céline Bothorel, Philippe Catoire, Samuel Churin, Mathieu Desfemmes, Sylvie Laporte, Guillaume Ledun, Magali Montoya, Françoise Thyrion, Guillaume van't Hoff
Production : Passeurs de Mémoires - Co-production : Parc de La Villette (résidence d'artistes 2008) - Espace 1789 (St-ouen) - L'Onde (Vélizy) - Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication - Drac Ile de France, du Conseil Général de Seine-et-Marne et de la Ville de Nangis.
Et avec le soutien de l'ADAMI, de la SPEDIDAM, et de La Ligue des Droits de l'Homme.
Un spectacle de Dominique Lurcel
Collaboration artistique : Françoise Thyrion
Notes sur la scénographie
Tout se passe dans un théâtre, celui des « Folies Coloniales »
Un petit théâtre, sorte de castelet improbable, guignol fou pour des « Folies ».
« Folies Coloniales » comme l’on dit « Exposition Coloniale » et « Folies Bergères ».
Ce théâtre dans le théâtre, aux machineries et aux dessous apparents est fait de toiles peintes reprenant l’esprit des images d’Epinal ou des gravures de « L’Illustration ».
Couleurs clinquantes.
Les toiles évoquent aussi ces boîtes de cigarettes orientales ou les chromos de l’exposition coloniale de 1930. Arcades fleuries, architecture mauresque, paysage oriental kitch. Tout cela en trompe-l’œil, en aplat.
Un exotisme d’opérette.
Ce dispositif permet la mise en scène de fantoches occidentaux avides de conquête.
Tout cela semble bien ripoliné. Mais, brusquement, cela se détraque, se disloque.
Le théâtre se retourne, nous révèle ses coulisses.
Les pantins s’effondrent.
Sous les fantoches, la réalité surgit plus forte que jamais.
Une déshérence, un mauvais rêve.
Pierre Attrait
Texte ayant inspiré la chanson "Conseils Aux Touristes" :
"Quand vous montez dans un wagon ou dans un car automobile, ne manifestez pas de répugnance à vous placer près des indigènes.
Ne dites pas tout haut : « Ils sont pleins de poux ! ». Même si c’est vrai. Ils seront vexés. Et il vaut mieux vous entendre avec le conducteur du véhicule qui vous placera à côté d’autres européens.
Si vous passez à cheval dans une rue étroite, ne faites pas courir votre cheval en criant : « Attention, chiens ! Que maudits soient vos pères ! »
Les indigènes se garent lentement. Celui que vous bousculerez détestera les Français pendant toute sa vie.
Si vous êtes dans une auto, ne faites pas marcher votre klaxon en passant près des mulets chargés, pour le plaisir de les voir d’une ruade se débarrasser de leurs fardeaux et parfois d’une pauvre femme juchée sur le haut d’un barda.
N’écrasez pas les poules. N’injuriez pas et ne frappez pas les bergers, lents à faire traverser la route par leurs troupeaux indolents.
Si vous entrez dans un bureau de poste ou un magasin, n’exigez pas d’être servis avant les indigènes qui vous ont précédé, en pestant que cette engeance envahit tout et sent mauvais. (…)
Pendant les repas, n’éructez pas en manière de plaisanterie, en regardant du côté de vos voisins européens pour les faire rire. Les musulmans savent que ce n’est pas la coutume chez nous, et que vous faites cela pour vous moquer d’eux…. »
Extrait d’un Guide à l’usage des touristes se rendant en Afrique du Nord (Ed. Oudinot. 1926)
"Demandez à l’enfant s’il lui plaît de s’instruire ? Demandez au soldat s’il lui plaît de défendre le pays ? Vous l’y contraignez, quand cela ne lui plaît pas. La contrainte au travail que nous exerçons vis-à-vis du primitif est du même ordre et doit rester du même ordre. Quand un gouverneur de Madagascar, comme Mr Marcel Olivier, prend une partie du contingent militaire non employé pour en faire des pionniers, constructeurs de routes et de chemins de fer, il ne les exploite pas comme des forçats, il les éduque, il leur apprend à connaître l’effort régulier, méthodique, sans lequel il est impossible de passer du nomadisme à la civilisation. Il n’y a de travail forcé que là où on se sert de l’homme comme d’un moyen pour des fins égoïstes et cupides ; mais il n’y a pas de travail forcé là où l’on demande à l’homme de fournir sa juste part de collaboration à l’œuvre sociale. Faire sentir aux indigènes, engourdis dans une paresse millénaire, que la première condition pour devenir civilisés,c’est de travailler : leur inculquer cette notion du travail obligatoire comme on l’inculque à nos enfants, ce n’est pas faire œuvre de garde-chiourme, mais œuvre de civilisateur."
(Le Monde Colonial Illustré. 1931)
(Banquet offert, le 5 mai 1930 au Président de la république, à Alger, par les Délégations financières algériennes. Au moment du dessert… )
"Mais rappelons-le bien haut, en s’installant sur cette rive, notre peuple chevaleresque, que ne poussait ni un besoin d’agrandissement, ni un désir de lucre, cédait à l’instinct le plus noble et le plus désintéressé. Il se proposait de libérer les mers de la sujétion des corsaires. Sitôt ce résultat obtenu, il se résolut à libérer les autochtones du joug qui les opprimait, à abaisser les barrières d’ignorance et de fanatisme qui les maintenaient dans un lamentable isolement. Vaincre les préjugés qui les séparaient de nous, mettre fin à leurs luttes fratricides, leur enseigner les méthodes d’une culture rationnelle, les associer ainsi à la mise en valeur du sol et à leur rénovation matérielle et morale : voilà ce que nous avons considéré comme un devoir ; voilà ce que nous avons réalisé.
Nulle tâche assurément qui rencontrât plus d’obstacles ! Le plus insurmontable, en apparence, n’était-il pas le fanatisme des masses, constamment réveillé par les ambitieux et les agitateurs ? Par ce mélange de préceptes religieux et de prescriptions sociales et familiales, qui fait de son livre saint une bible doublée d’un code civil, l’Islam, considéré sans une large tolérance, eût pu dresser entre les indigènes et nos nationaux un infranchissable fossé. En vrais fils de la Révolution, respectueux de toutes les croyances, animés d’un large souffle de sympathie pour tous les humains, nous n’avons cessé de garantir aux sectateurs du Coran l’inviolabilité de leur conscience, le tranquille exercice de leur culte, la protection de leurs familles et de leurs biens. Et comme la France ne renie jamais ses promesses, nos populations musulmanes ont bientôt reconnu le caractère bienfaisant de sa domination."
(Pierre Bordes. Gouverneur général de l’Algérie)
Glorification du Centenaire
Le 14 juin 1830
La France
Accosta ce beau seuil marin de l’Algérie
Où son génie civilisateur instaura pour toujours
Avec bonté, avec bonheur, la Concorde et l’Abondance.
-Sur Elles toutes les bénédictions et notre gratitude ! –
Suivant l’exemple sacré de nos pères
Nous avons mis en valeur nos terres
Et les hommes d’ici dont nous avons gagné les cœurs
Dans le même esprit fraternel qui, désormais, nous unit.
-grâce à Dieu ! –
Et sur ce rivage pacifié,
Ces dunes de sable, autrefois infertiles,
Sur la merveilleuse presqu’île de Sidi-Ferruch et de Staouéli,
Sur toutes cette vieille terre berbère, plus heureuse,
Que nos ancêtres sont venus régénérer
En relevant son peuple au signe de la Liberté généreuse
Dans un haut idéal d’humanité
Inséparable du nom aimé de la plus douce patrie,
Les vignes nourries de sang des nôtres
Sous le soleil d’un siècle glorieux
Avec nos blés, symbole doré des richesses
Que nous devons à leurs premiers sacrifices,
Nous font dès lors communier comme ses fils
Dans le culte de la France impérissable.
(Albert Tustes. Lauréat de l’Institut, délégué général des Écrivains d’Afrique du Nord.)
Régisseur, vous pouvez télécharger la fiche technique
de ce spectacle, ICI
FOLIES COLONIALES Algérie, années trente
Les dates pour la saison 2011/2012 de
FOLIES COLONIALES,
Algérie, années 30
sont sur la page
Le Calendrier.
Photos de L'Œil à Mémoires
À l'issue des représentations de FOLIES COLONIALES, nous avons organisé deux "rencontre-débat" l'une avec l'historien, spécialiste de l'histoire de l'Algérie, Benjamin STORA, l'autre avec l'historienne et journaliste Sophie BESSIS. Découvrez en vidéo leurs réactions en tant que spectateurs et historiens.
Vidéos de L'Œil à Mémoires
Sous des airs de Jour de Fête, à travers l’empilement de discours officiels, d’extraits de manuels scolaires, de paroles historiques, de comptes-rendus de manifestations sportives, de poèmes de circonstance (tous authentiques)…, un état des lieux, comme un instantané du langage colonial, tel qu’il s’est exprimé lors des cérémonies de la célébration, à Paris et à Alger, du Centenaire de l’Algérie française, en 1930.
Saynètes et chansons : une « Revue Blanche ».
Très blanche.
Entre rires et sidération.
A lire, les critiques du spectacle sur la page Réactions, critiques et revue de presse
Découvrez le stage autour du journal de Mouloud Feraoun organisé en amont de la création de Folies Coloniales pour Les Rencontres de La Villette en 2008.
De plus, téléchargez
Découvrez sur notre page mémoires de spectateurs quelques messages à propos du spectacle...
Note d’intention
Comment voyait-on l’Autre, en 1930 ?
Je possède un document unique, lumineux, qui répond à la question.
Il s’agit de deux énormes volumes, 900 pages en tout, établissant le compte-rendu exhaustif de toutes les manifestations consacrées, cette année-là, à la célébration du « Centenaire de l’Algérie » : congrès, conférences, œuvres artistiques, soirées, poèmes, odes, expositions, concours, défilés, témoignages – notamment, un étonnant journal de voyage de lycéens, tenu au jour le jour par un inspecteur d’Académie-… et, surtout, l’intégralité des discours prononcés, ici et là, en cette occasion.
Cette compilation est l’œuvre de mon grand-père maternel, haut fonctionnaire à la Ville de Paris, et dont l’une des fonctions était d’en être l’historiographe – et l’hagiographe - vigilant.
Triomphe, avec l’Exposition coloniale qui va suivre immédiatement en 1931, de la pensée coloniale, cette somme expose en pleine lumière la superbe de l’Homme Blanc, sa foi en son pouvoir démiurgique (Avant nous, le chaos, avec nous, la lumière), son racisme tranquillement affiché, béat, naturel : négation absolue de l’Autre, qui passe par tous les cas de figures - folklorisation, dépréciation, et jusqu’à son absence pure et simple. C’est surtout un hymne – qui nous paraît aujourd’hui dérisoire et tragique, délirant ( y règnent l’hyperbole et les adjectifs…) - aux valeurs « civilisatrices » de notre Troisième République, contenues, pour faire vite, dans le « devoir qu’ont les races supérieures de coloniser les races inférieures » (Jules Ferry, eh oui…) .
Textes de façade, vérités officielles, discours de circonstance, langue de bois : tout y est fait pour encenser l’entreprise coloniale, en évacuant sciemment toutes les zones d’ombre (quarante ans de résistance à la « pacification », un tiers de la population massacrée y sont ainsi réduits à des « péripéties »). Mais textes qui révèlent autre chose que ce qu’ils souhaitent transmettre, se retournent contre leurs auteurs, et, à eux seuls, condamnent définitivement l’entreprise coloniale qu’ils portent aux nues.
Cette conception du monde précède de seulement 15 ans les émeutes de Sétif et de Constantine, de 24 ans le début de la Guerre d’Algérie. Elle prévaudra jusqu’en 1962, date à laquelle, en même temps que l’indépendance de l’Algérie, elle passera brusquement à la trappe : chape de silence dont les effets pervers sur l’évolution de notre société commencent tout juste d’ être reconnus.
Je veux faire entendre –monter- ces documents. En faire le fil rouge d’une parade, nécessairement burlesque -Banquet Républicain et/ou « Revue Blanche »- qui puisera également dans d’autres documents de l’époque : déclarations d’hommes politiques célèbres, affirmations de « savants », dialogues tirés de romans ou de films, extraits de débats politiques, et beaucoup de chansons…
Ni condamnation, ni repentance : seulement faire entendre d’où nous venons. Et ce qui reste encore, profondément, enfoui en nous, et qui pèse. Et faire percevoir aussi, en creux, le cri, jamais entendu, de l’Autre.
Dominique Lurcel.
30/08/ 2006
Vidéos de L'Œil à Mémoires
Nous vous offrons le film autour du spectacle.
Un montage entremêlant, extraits, entretien avec Dominique Lurcel, photos, et les réactions de nos invités aux débats autour du spectacle... voir le Film
Annexe/ Quelques documents…
Retour d'Algérie pour Folies Coloniales
Découvrez un texte de Dominique Lurcel après la forte émotion de la représentation à Alger en octobre 2010